L’événement n’est pas tombé loin des oreilles de Denis Ducarme (MR), qui s’est empressé de dénoncer le "prosélytisme islamiste" qui régnerait dans les établissements pénitenciers belges.
Les récentes émeutes à la prison d’Andenne ont ravivé le débat. Pour rappel, suite à une note réglementant la pratique de la prière au sein de l’établissement, plusieurs détenus ont endommagé, la semaine dernière, une partie de la prison. L’événement n’est pas tombé loin des oreilles de Denis Ducarme (MR), qui s’est empressé de dénoncer le "prosélytisme islamiste" qui régnerait dans les établissements pénitenciers belges. "La liberté religieuse n’est plus garantie dans la plupart des prisons de notre pays", affirme le député. Selon lui, de nombreux détenus se sentent obligés de pratiquer un islam "salafiste" - "qui n’a rien à voir avec l’islam ouvert et pacifique pratiqué par la plupart des Turcs ou des Marocains" - afin que les autres ne les harcèlent plus. Se basant sur des sources syndicales, M. Ducarme affirme aussi que la nourriture "halal" (soit conforme aux préceptes de l’islam) servie dans les prisons est en "constante hausse". D’après lui, près de 70 % des repas servis dans les établissements sont ainsi "halal" et ce chiffre "atteint 100 % dans certaines prisons, comme à Forest". "Mon objectif n’est pas de stigmatiser une population en cherchant à prouver qu’il y a une surreprésentation carcérale musulmane. Mais il faut protéger les détenus et les gardiens, tout en faisant respecter la neutralité de l’espace public." Le député donne quelques exemples, comme celui d’un début d’émeute car "une gelée de groseille non-halal avait été servie" dans la prison de Forest, ou celui de détenus refusant que le Coran leur soit apporté par un non-musulman. "Il faut objectiver le débat. Je veux des statistiques globales, comme celles des changements opérés au niveau des habitudes alimentaires par les nouveaux détenus après leur arrivée en milieu carcéral." L’élu MR a fait la demande d’une étude sur le sujet, hier, au ministre De Clerck (CD&V) qui a donné "son accord de principe". Selon Bruno Bernard, expert en produits "halal", les affirmations de M. Ducarme sont "gratuites" et "poujadistes". "Les chiffres sur le halal sont faux et invérifiables. Isoler les leaders, comme le veut M. Ducarme, serait totalement contre-productif. Cela les rendrait plus sympathiques aux yeux des jeunes sans repère." Selon M. Bernard , il existe bien "des illuminés" qui ont de l’aura sur certains détenus et en profitent pour faire tourner la prison "comme ils le désirent". "Mais s’ils mettent le chaos, c’est surtout sur l’islam, poursuit M. Bernard . Car ce qu’ils proposent n’a rien à voir avec l’islam." Selon lui, il est "urgent", comme cela devait se faire dès 2010 en Belgique et comme cela se fait dans les pays nordiques, de réaliser de courtes formations "halal" pour le personnel de prison. "La meilleure arme pour lutter contre les caïds islamistes, c’est le Coran, affirme M. Bernard . Un gardien est souvent déstabilisé par les demandes des détenus. Il ne sait pas quoi répondre. Il faut établir les règles du jeu : en connaissant bien les pratiques musulmanes, le personnel de prison oblige un chef à se mettre au niveau des autres, en lui montrant que le Coran n’est pas ce qu’il annonce. Il gagnera le respect des détenus." Cette solution est, selon M. Bernard, "bénéfique pour tous et respectueuse de chacun " . Chercheure à l’Iremam (Aix-Marseille), Florence Bergeaud-Blackler abonde dans ce sens, tout en évoquant la problématique particulière des repas, "qui sont des moments très attendus quand vous êtes en prison". Selon elle, il existe de simples petits arrangements qui peuvent décrisper bien des tensions. "Aujourd’hui chaque Belge musulman peut se nourrir toute sa vie en produits halal. Comment ensuite imposer une nourriture non-halal à quelqu’un qui a commencé par les petits pots halal et n’a jamais fréquenté la cantine scolaire ?" Selon la chercheure, la pratique religieuse en prison est une question préoccupante qu’il faut traiter "sans tabou". "Il faut surtout sortir d’urgence des manipulations de l’extrême droite et de ceux qui en guise de réponse font comme s’il n’y avait aucun problème." D’après elle, des solutions pratiques existent. "Il est temps de les mettre en œuvre avant que les crispations ne dégénèrent."

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